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Leasing social intérimaire : ce que vous devez vraiment savoir en 2026

Le décret du leasing social vous ouvre la porte si vous êtes intérimaire, sur le papier. Le RFR plafonné à 16 300 € par part fiscale, l’attestation kilométrique, l’âge, la résidence : ces critères ASP ne distinguent pas un CDI d’un contrat de mission. Pourtant, la majorité des intérimaires qui déposent un dossier sont recalés à une étape que personne n’évoque : le scoring de la banque interne du constructeur. RCI Bank, Stellantis Financial Services et leurs équivalents appliquent leurs propres règles, indépendamment de l’éligibilité ASP. Comprendre cette double porte change toute la stratégie de candidature, depuis le choix de l’attestation employeur jusqu’à la sélection du véhicule.

Un intérimaire est-il éligible au leasing social ?

La réponse rapide est oui, sans condition d’ancienneté ni de type de mission. Le dispositif 2026, reconduit avec une enveloppe doublée à 100 000 véhicules selon l’annonce de Sébastien Lecornu du 10 avril 2026, vise tous les actifs. Mais l’éligibilité formelle ne signifie pas acceptation automatique du dossier.

Ce que dit le décret 2026

Le texte officiel cible « toute personne physique majeure exerçant une activité professionnelle ». Cette formulation englobe explicitement les salariés en CDI, en CDD, les intérimaires, les indépendants et les auto-entrepreneurs. Aucune durée minimum de contrat n’est imposée par l’ASP. En pratique, un intérimaire en mission depuis trois semaines coche la case « actif » au même titre qu’un CDI de dix ans. La nuance importante concerne l’intermission. Si vous êtes entre deux contrats au moment du dépôt du dossier, l’attestation employeur devient impossible à fournir à cette date précise. Ainsi, le timing du dépôt compte autant que le statut lui-même.

Les 4 critères qui vous concernent vraiment

Quatre conditions cumulatives s’appliquent à votre dossier d’intérimaire. D’abord, votre revenu fiscal de référence par part doit rester sous 16 300 € sur l’avis d’imposition 2025 (revenus 2024). Ensuite, vous devez justifier soit d’une distance domicile-travail supérieure à 15 km en voiture personnelle, soit de plus de 8 000 km annuels dans le cadre professionnel. Troisièmement, vous ne devez pas avoir bénéficié du dispositif en 2024 ou en 2025. Enfin, un seul contrat est autorisé par foyer fiscal. Notamment, la condition kilométrique est plus souvent remplie par les intérimaires que par les salariés sédentaires. En effet, vos lieux de mission changent régulièrement, et certaines agences vous envoient à 30 ou 40 km pour un chantier ou un poste industriel.

L’attestation employeur : ETT ou entreprise utilisatrice ?

C’est la question qui déclenche le plus de refus administratifs chez les intérimaires. Beaucoup pensent que seule leur agence d’intérim peut signer, alors que la réalité est plus souple. La réponse officielle évite ce piège, à condition de la connaître.

La réponse officielle de l’ASP

Dans sa FAQ professionnelle publiée en septembre 2025, l’ASP tranche clairement la question 130 : l’une ou l’autre de ces entreprises peut signer l’attestation gros rouleur. Autrement dit, votre agence d’intérim (l’ETT, juridiquement votre employeur) ou l’entreprise utilisatrice où vous effectuez votre mission sont toutes deux habilitées à remplir et signer le formulaire officiel CERFA mis à disposition par l’ASP. Cette flexibilité est précieuse car les deux entités ne perçoivent pas la demande de la même façon. L’ETT y voit une démarche personnelle de son intérimaire, sans implication directe. L’entreprise utilisatrice, en revanche, peut refuser au motif qu’elle n’est pas votre employeur légal.

Pourquoi privilégier l’ETT en pratique

L’agence d’intérim reste l’interlocuteur le plus efficace pour obtenir l’attestation rapidement. Elle dispose de votre dossier complet : adresse de domicile, lieu de mission, dates, kilométrages. De plus, elle a l’habitude de produire des attestations administratives variées (attestation Pôle emploi, attestation pour la CAF, justificatif employeur pour un bailleur). Demander l’attestation gros rouleur s’inscrit dans une routine connue. À l’inverse, le service RH d’une entreprise utilisatrice n’a aucune obligation contractuelle envers vous. Il peut refuser, demander un délai, ou produire un document mal renseigné. Par conséquent, sollicitez d’abord votre ETT, par écrit, en joignant le formulaire officiel ASP pré-rempli avec vos données.

Le risque du changement de mission

Une particularité de l’intérim crée un piège méconnu. L’attestation employeur peut être signée entre la commande et la livraison du véhicule, qui peut intervenir jusqu’à six mois plus tard. Or, en six mois, un intérimaire peut changer trois ou quatre fois de mission, voire d’ETT. La FAQ ASP précise que cette pièce est vérifiée avant le versement du premier loyer et datée au plus tard à cette date. En d’autres termes, l’attestation doit refléter votre situation au moment où le loyer est payé, pas au moment de la commande. Si vous avez changé d’agence entretemps, il faudra obtenir une nouvelle attestation auprès de l’ETT actuelle. C’est pourquoi anticiper la communication avec votre agence dès la réception du véhicule évite des semaines de retard.

Le revenu fiscal de référence en intérim : un calcul qui piège

L’ASP regarde votre RFR de l’année N-1, pas vos revenus du mois en cours. Cette mécanique avantage ou pénalise un intérimaire selon l’évolution récente de ses missions. Une lecture trop rapide de l’avis d’imposition suffit à passer à côté du dispositif.

Pourquoi votre RFR retarde sur la réalité

Pour le leasing social 2026, le RFR retenu est celui de l’avis d’imposition 2025, qui porte sur les revenus 2024. Cela signifie qu’un intérimaire ayant travaillé intensément en 2024, avec beaucoup de missions et peu d’intermissions, peut afficher un RFR supérieur au plafond malgré une activité ralentie en 2025 et 2026. Inversement, une année 2024 marquée par des périodes de chômage entre missions peut faire chuter le RFR sous les 16 300 € alors que vous gagnez plus aujourd’hui. Ce décalage est structurellement favorable aux profils intérimaires, dont les revenus fluctuent par nature. En particulier, une formation suivie en 2024 (avec indemnités réduites), un congé parental ou un passage à temps partiel ouvre une fenêtre d’éligibilité qui n’existait pas l’année précédente.

Les déductions à activer pour passer sous les 16 300 €

Plusieurs leviers fiscaux légaux peuvent ajuster le RFR à la baisse pour les déclarations futures. Le passage des frais professionnels au régime réel, plutôt que l’abattement automatique de 10 %, augmente vos déductions si vos déplacements sont importants. Un intérimaire qui parcourt 18 000 km annuels en mission peut déduire plus de 6 000 € de frais kilométriques selon le barème fiscal. La déclaration d’une pension alimentaire versée, le rachat de trimestres pour la retraite ou le versement sur un PER (Plan Épargne Retraite) réduisent également le revenu imposable. Ainsi, si votre RFR 2024 dépasse de quelques centaines d’euros le seuil, ces ajustements peuvent vous sauver pour la prochaine édition du dispositif. C’est une stratégie à activer un an avant le dépôt du dossier, pas au dernier moment.

Le vrai obstacle : le scoring bancaire des constructeurs

C’est ici que la majorité des intérimaires se font recaler, et la raison ne tient pas au dispositif gouvernemental. Chaque constructeur dispose de sa propre banque interne (RCI Bank pour Renault et Dacia, Stellantis Financial Services pour Peugeot et Citroën). Ces structures appliquent leurs propres critères, distincts de ceux de l’ASP.

L’aide ASP ne garantit pas le financement

Le leasing social repose sur deux validations indépendantes. D’abord, l’ASP confirme votre éligibilité au dispositif gouvernemental (RFR, kilométrage, statut d’actif). Ensuite, la banque du constructeur étudie votre solvabilité comme pour n’importe quel crédit à la consommation. Or, ces banques privilégient structurellement les CDI hors période d’essai. Selon les retours de plusieurs concessionnaires cités par les sites spécialisés, un dossier d’intérimaire « classique » avec des contrats de mission courts est souvent rejeté pour cause de revenus jugés instables. La banque applique un taux d’endettement maximal de 35 %, calculé sur les trois derniers bulletins de salaire. En cas de mois creux, le calcul peut basculer défavorablement. Aucun recours administratif n’est possible : la banque privée décide librement.

Le CDI intérimaire change la donne

Le CDI intérimaire (CDII) est l’arme la plus efficace pour faire passer votre dossier. Ce contrat, signé directement avec l’ETT, garantit un revenu mensuel minimum entre les missions (le « salaire de garantie » à hauteur du SMIC). Aux yeux d’une banque, c’est un CDI à part entière, avec une fiche de paie mensuelle stable. Si votre agence vous propose un CDII et que vous visez le leasing social, accepter peut transformer votre dossier. Concrètement, RCI Bank et Stellantis Financial traitent un CDII comme un CDI standard dans leur scoring interne. Ainsi, le passage en CDII ouvre l’accès au financement, à condition d’avoir au moins six mois d’ancienneté pour que les bulletins reflètent un revenu lissé.

Co-emprunteur et garant : ce qui rassure vraiment

Si le CDII n’est pas une option, le co-emprunteur reste la solution la plus efficace pour faire accepter un dossier d’intérimaire. Un conjoint ou un parent en CDI ajoute ses revenus au dossier et neutralise l’argument de l’instabilité. Attention, le nom du co-emprunteur doit figurer sur le contrat et sur la carte grise du véhicule, ce qui implique une décision partagée à long terme. Le garant, en revanche, ne signe que comme caution en cas d’impayé. Cette option satisfait moins les banques car elle ne fait pas évoluer le calcul du taux d’endettement initial. En pratique, viser un constructeur dont la banque interne est connue pour être plus souple (Renault accepte plus facilement les profils CDII que Stellantis selon les retours terrain) constitue également un levier sous-estimé.

Le leasing social pour les profils salariés

Questions fréquentes

Un intérimaire en intermission peut-il signer un leasing social ?

Non, pas au moment précis du dépôt. L’attestation employeur exige une activité en cours pour être délivrée. Si vous êtes en intermission, attendez le démarrage de votre prochaine mission pour solliciter votre ETT. La période entre deux contrats peut servir à préparer toutes les autres pièces (avis d’imposition, justificatif de domicile, RIB, permis), de sorte qu’au premier jour de mission, votre dossier soit déposable en quelques heures. La rapidité est décisive : les éditions précédentes ont vu les quotas saturés en quelques semaines.

Faut-il un minimum d’ancienneté en intérim pour le leasing social ?

L’ASP n’exige aucune ancienneté minimum. La condition est d’être actif au moment de la candidature. Cependant, la banque du constructeur regardera vos trois derniers bulletins de salaire pour calculer votre capacité de remboursement. Un intérimaire avec moins de trois mois d’historique d’activité aura plus de difficultés à convaincre, simplement par manque de données comparables. Six à douze mois d’historique en intérim, idéalement avec des missions enchaînées, constituent un seuil pratique pour un dossier solide auprès de RCI Bank ou de Stellantis Financial.

Le leasing social est-il cumulable avec les aides du FASTT ?

Le FASTT (Fonds d’Action Sociale du Travail Temporaire) propose des aides spécifiques aux intérimaires, notamment le prêt mobilité pour financer un véhicule. Ces deux dispositifs sont juridiquement indépendants. Le prêt FASTT peut servir à couvrir l’assurance, les frais d’installation d’une borne de recharge ou un dépôt de garantie sur un logement. En revanche, il n’est pas conçu pour s’imputer sur le loyer du leasing social, déjà subventionné par les CEE. Renseignez-vous auprès de votre agence d’intérim, qui dispose d’un correspondant FASTT dédié.

Que se passe-t-il si je perds mes missions pendant le contrat ?

Le contrat de leasing social court sur 36 mois minimum, et les loyers restent dus indépendamment de votre situation professionnelle. Une résiliation anticipée sans frais est toutefois possible en cas de force majeure : décès, invalidité, perte d’emploi prolongée. La perte de missions en intérim peut être qualifiée de perte d’emploi si vous êtes en CDII rompu, ou si vos droits à l’allocation chômage s’ouvrent. Conservez tous les justificatifs France Travail et adressez votre demande de résiliation au loueur par courrier recommandé.

Puis-je prendre le leasing social via mon entreprise utilisatrice plutôt que mon ETT ?

Le leasing social est un contrat strictement personnel, signé en nom propre. Ni l’ETT ni l’entreprise utilisatrice ne peuvent souscrire à votre place ni vous le « fournir » comme un véhicule de fonction. Toutefois, l’entreprise utilisatrice peut signer l’attestation employeur si elle accepte (rare en pratique). En revanche, certaines entreprises utilisatrices proposent à leurs intérimaires réguliers une indemnité kilométrique ou un remboursement de frais de transport. Ce complément ne change rien à votre éligibilité au leasing social, mais peut alléger le coût mensuel global de votre mobilité.

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